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  • Insivik

May I write...

Bouleversée.

Je suis sens dessus dessous ce soir. Retournée. Chamboulée. Transpercée.

A en avoir la nausée.

Seules les histoires ont ce pouvoir-là sur moi. Pas la vie « pour de vrai ».

Non, dans la vraie vie,  je suis bien plus forte, plus résistante, toujours prête à bondir. Parce que, dans la vraie vie, j’anticipe. Tout. Même les catastrophes qui n’arrivent jamais. Je les attends. Je suis aux aguets, en alerte continue, prête à me défendre. A contre attaquer.

Evidemment qu'il m’est déjà  arrivé de craquer mais, à l’intérieur. Jamais à l’extérieur. Façade immaculée oblige ! 

Par dignité sans doute. Par fierté aussi. Par éducation, par peur de décevoir, par trouille d’apitoyer…Par (affolante) hantise de ne plus être aimée surtout !

Alors, Il a fallu crâner, feindre des forces inexistantes, s’inventer un personnage.

Ce soir, fatiguée, mes gardes se sont baissées. C’est toujours comme ça, quand je substitue ma vie à celle d’un roman ou d’un film, mes digues se fissurent de toute part. Je n’aime pas l’effet de surprise.

Je n’étais pas préparée à ce raz de marée.  

Concrètement, je viens de terminer le film « De rouille et d’os » de Jacques Audiard.

J’en pleure.

De rage, de délivrance, d’empathie, de compréhension, d’immense colère.

Je n’ai pas aimé. Du tout.

Je déteste tout ce qui est glauque. Je hais la misère humaine. Je vomis la violence, la vulgarité, la crasse, la pauvreté.

En vérité, j’exècre tout ce qui me fait peur. Trop empathique, je ne sais que faire de toute cette dégoulinante souffrance. Mis à part l’absorber. La prendre, une nouvelle fois, sur moi. Une couche de sale-de moche-de gris-de trop.

Je n’ai pas aimé regarder cette histoire en face. Cette femme qui perd accidentellement ses deux jambes et qui se retrouve seule, face à elle-même. A ce qu’il en reste du moins.

Cette histoire m’a dégoutée. Sans crier gare, elle m’a remballée la mienne, en pleine figure.

Perdre deux jambes c’est comme perdre deux seins, en plus grave.

On parle de mutilation, d’amputation, d’ablation.

Imaginez deux guiboles dans un vulgaire sac poubelle. C’est bien comme ça que ça se passe, pas autrement ! Il ne faut pas se voiler la face.

La veille, on les caresse une dernière fois, on leur parle d’amour, on leur dit merci. Merci d’avoir donné du plaisir. Merci d’avoir séduit. Merci d’avoir servi ! Mais il est temps pour eux d’aller se faire foutre, ce qu’il reste va encore  rester un petit peu mais vous deux-là, c’est fini ! Aux ordures.

J’ai vécu ça comme une trahison de ma part. D’une crapuleuse lâcheté. Tout ce qui n’est plus apte au service doit dégager ici et maintenant, pour permettre, au reste, de continuer encore un petit peu. Ou pas. Mais ils n’en peuvent rien, eux non plus, d’avoir été bouffés par un orque ou attaqués par une tumeur. 

Imaginez une paire de seins, d’ovaires, un utérus dans un sac plastique jaune estampillé « Clinical waste ». Imaginez-le juste à côté de vous qui ne savez déjà plus bouger. Corsetée à ne plus savoir même vous lever. Dépecée à vie.

Croyez-moi, c’est très difficile a accepter.

« Il ne faut pas s’inquiéter » nous dit-on, « y en a tellement d’autres qui traversent la même épreuve que vous ».

Ça veut dire quoi ? Qu’on va devoir écrémer les centres pour handicapés pour se trouver une nouvelle vie? On en avait une avant d’être découpées en morceaux. On plaisait aux autres. On avait une image à entretenir. Des hommes à séduire. Ceux-là même qui veulent pétrir des seins, du cul, ils ne méritent pas, pensent-ils, d’avoir une femme en lambeaux dans leur lit.

« Rassurez-vous vous aller apprendre à vivre avec ».

AVEC QUOI ? Une partie de soi? Mais on n’était pas en guerre.

Tout ça c’est du mensonge. Ce n’est pas comme ça que ça marche et le film le raconte, atrocement, bien. Il ne s’agit pas d’une bataille d’égo-à-égo. Non, dans la vie « pour de vrai », c’est un duel sanglant entre les autres (et leur regard) et sa toute petite personne qui, entre nous soit dit, représente quand même le centre névralgique de toute individualité. C’est pas rien.

Je suis en colère. 4 ans après.

Un film et tout remonte. Toute la merde refait surface.

On nous ment.

On nous dit que personne ne peut nous sauver si ce n’est nous-même. BULLSHIT !

C’est faux et archi faux. Ce sont les autres (et leur regard) justement qui détiennent la clé. Ceux qu’on aime. C’est justement ceux qui veulent pétrir-des seins-du cul-pas une partie de- qui ont notre salut entre leurs mains. Arrêtons ce jeu de faux-cul bien-pensants. Le Dalaï-lama peut aller se toucher.

Bien-sûr que certains déguerpiront. Mais il faut garder la tête haute et, surtout, surtout conserver les mêmes exigences. Entretenir cette soif d’amour absolu qui était la nôtre. Ne jamais se contenter des miettes. Nous ne sommes pas des mendiantes.

Ce n’est pas parce que nous avons perdu une partie de notre féminité que nous devons nous contenter d’amour ésotérique de missionnaires dépressifs à califourchon sur leur 3èmelune. 

Même pas en rêve !

Nous restons faites de chair et d’os.

Et de rouille aussi.

Merci Audiard !

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